Interview

Interview réalisée par Cubik en 2003.

Bonjour. Tu as fait les Arts Déco de Paris. Qu'est-ce que cette école t'a apporté ?

J'avais pas mal étudié toutes les écoles disponibles. J'avais toujours voulu faire du dessin. Là dessus, il n'y a pas eu de virage ou de décision soudaine. C'est quelque chose qui m'attire depuis vraiment tout petit. J'avais étudié depuis assez jeune, depuis vraiment les premières années du lycée, quelles étaient les formations possibles après, vu que j'avais vraiment que ça en tête. Et voila, grosso modo sur Paris, il n'y a pas énormément de formation. Il y avait des formations qui étaient axées autour des BTS, des écoles type Olivier de Serres, Duperré ou Boulle, il y avait les Beaux Arts, les Arts Déco et quelques ateliers privés du type Charpentier ou Penninghen. Donc bon, moi c'est vrai qu'à l'origine, j'étais intéressé essentiellement par le dessin, l'illustration et la peinture et je cherchais tranquillement quelles étaient les sections les plus poussées de ce point de vue là. Donc après, l'orientation était soit Olivier de Sierres, soit les Arts Déco.

J'ai tenté le concours des Arts Déco que j'ai raté une fois, et réussi la deuxième. Et voila. J'avais fait une petite préparation avant, dans un atelier qui a disparu depuis, qui était un atelier de la ville de Paris gratuit et qui nous préparait grosso modo... une appréhension générale des Arts Graphiques, à tous les points de vue... Et ensuite, il y a une hésitation assez prolongée, pendant le cursus des Arts Déco, à passer aux Gobelins parce que j'étais assez intéressé par l'animation et surtout par la conception du dessin que ça recoupait qui était que pour savoir dessiner correctement, il faut apprendre les volumes correctement, et l'animation est une discipline formidable pour ne pas dessiner en 2D mais en volume. Dans mon initiation personnelle pour progresser dans ce domaine, ça m'aurait vraiment intéressé. Maintenant, pour le coup, c'était exclusivement orienté animation, et on oubliait tout ce qui concernait peinture, art pictural, dessin, enfin dessin dans un but d'affiche ou d'image picturale...

Maintenant, avec le recul, tu conseillerais quoi à un jeune qui voudrait se lancer ?

Oh alors là, j'ai pas tellement suivi quelle était l'évolution des écoles récentes. Ce qui est vrai, c'est que même si j'étais extrêmement rétif à la base sur le coté (c'est un peu choquant) pluridisciplinaire, c'est à dire que je sortais du lycée, de 15 ans comme tout le monde de pluridisciplinarité forcée, c'est à dire d'une obligation de devoir s'intéresser, s'éveiller l'esprit avec toutes ces disciplines, je pensais qu'en passant dans le supérieur, il était peut-être temps qu'au lieu de dire "Regardez, encore un tas de disciplines s'offrent à vous, vous pouvez choisir..."... Je pense qu'il y a un moment où il faut choisir et pousser le truc pour devenir vraiment compétent.
Il y a un travail énorme qui est de faire le choix. C'est normal. Et il faut pas le faire trop tôt sinon on se plante, 9 chances sur 10. Et d'un autre coté, il y a une immense satisfaction à se dire "je fais un choix et maintenant, je pousse à fond pour essayer d'en faire vraiment quelque chose". Il y a aussi un piège à se dire "tous ces domaines sont intéressants" car objectivement tous les domaines proposés par les enseignements sont intéressants. Honnêtement, on peut pas déterminer à 15 ans "Ca c'est intéressant, ça, ça ne l'est pas". On peut dire "J'aime" ou "J'aime pas" mais tout est intéressant. Donc là, une école d'Arts Graphiques te dit "il faut vous intéresser à la sérigraphie, mais également à la photo, mais également à la maquette, mais également à la publicité....". Il faut aussi s'intéresser à l'informatique et tout ça. Donc oui, certainement, bien sur, il est évident d'être le plus ouvert possible. Maintenant ce qui passe, c'est qu'on arrive avec 2, 3 ans supplémentaires d'ouverture d'esprit. Donc on arrive à 18 ans plus 3. Et il reste 2 ans de spécialisation pour apprendre un métier et le faire bien. C'est un problème. L'intérêt des Gobelins, c'est que eux sont extrêmement orientés dans leur enseignement tout de suite. C'est à dire qu'ils disent clairement "nous, on forme des animateurs et on forme des gens à faire de la narration dans le cadre de l'animation, story board, lay out...." et j'imagine après pour des techniques plus particulières comme celles liées au décor mais voila.

Donc à priori, mis à part les Gobelins qui sont très spécialisés, tout se vaut ?

Non. Les domaines et les disciplines proposées sont à peu près les mêmes. Après, ça dépend évidement de la qualité des professeurs. Aux Arts Déco, on avait la chance d'avoir, notamment en scénographie, des pointures de folie. On avait des gens comme Richard Peduzzi ou Guy-Claude François qui sont parmi les plus grands scénographes français.
En graphisme, on avait des gens comme Meyer et Keller qui étaient des sommités en graphisme, enfin des profs ultra compétents. Ca c'est complètement inestimable en terme d'enseignement. Maintenant, ça fait 10 ans, je peux vraiment pas dire ce qui a pu évoluer dans un sens ou un autre. Ce qui est vrai, c'est que la chance qu'il y a dans ces écoles là, c'est qu'elles sont gratuites quasiment et qu'elles offrent des structures à l'enseignement qui objectivement sont exceptionnelles.

Long John Silver tome 4 sur Amazon

Le blog de Mathieu Lauffray